Fashion Geek MBA
Fashion GeekMBA · Module 9 · Vendre, négocier, influencer · 6 étapes

Lever les objections

Un client qui objecte est un client qui hésite encore : il te dit ce qui l’empêche d’acheter. Ce chapitre t’apprend à reconnaître les cinq grandes barrières à l’achat, à accueillir l’objection avant d’y répondre, à prendre le risque à ta charge, à avouer un défaut pour être cru et à échanger autre chose que de l’argent quand le prix bloque. Tu t’entraînes avec Kumo, une marque française de baskets, puis tu construis la fiche de réponses de ta propre offre.

Paniers Kumo abandonnés, triés par barrière
0Paniers
0Levées
0Récupérés

Chaque point est un panier abandonné. Il tombe dans la colonne de sa barrière ; quand une réponse existe, une partie des clients revient (en turquoise).

Commencer45 min · niveau école de commerce
pourquoi ils n’achètent pas
01

Les cinq barrières à l’achat

Presque toutes les objections entrent dans cinq familles

Derrière la variété des objections, on retrouve presque toujours les mêmes cinq barrières : « c’est trop cher », « ça ne marchera pas », « ça ne marchera pas pour moi », « ça peut attendre » et « c’est trop compliqué ». Chacune appelle une réponse différente : une baisse de prix ne lève pas un doute sur la taille, une preuve technique ne règle pas un tunnel de commande pénible. Le service client de Kumo a relevé cinq messages de clients qui ont abandonné leur panier. Diagnostique la barrière, puis choisis la réponse.

Une cliente avance vers la caisse, barrée par cinq obstacles : prix, point d’interrogation, miroir, sablier, labyrinthe.
Cinq messages, cinq paniers abandonnés. Pour chacun, quelle barrière, et quelle réponse Kumo doit-elle apporter ?
Diagnostics justes–
Bonnes réponses–
Récupérés / 1 000–
classe correctement les cinq messageschoisis la bonne réponse à au moins quatre
1 000 paniers abandonnés par barrière, et ce que tes réponses récupèrent
Cas réel · étude continue depuis 2012

Sept paniers sur dix sont abandonnés

Le Baymard Institute, un centre de recherche danois sur l’ergonomie du e-commerce, compile depuis plus de dix ans les études publiées sur l’abandon de panier : la moyenne tourne autour de 70 %. Ses enquêtes auprès des acheteurs américains donnent les raisons. En tête : les frais ajoutés au dernier moment (livraison, taxes), puis l’obligation de créer un compte, un tunnel trop long, le manque de confiance pour saisir sa carte et une politique de retour jugée insuffisante. Une bonne partie de ces abandons relève du « trop compliqué » et du « ça ne marchera pas pour moi », pas du prix.

À retenir : avant de baisser le prix, vérifie que c’est bien le prix qui bloque. Souvent, c’est la friction ou le doute.

Source : Baymard Institute, « Cart Abandonment Rate Statistics » et enquêtes annuelles sur les raisons d’abandon (baymard.com).

« C’est trop cher » veut souvent dire « je ne vois pas pourquoi ça vaut ce prix ». La réponse est de rendre la valeur visible avant de toucher au prix. Le chapitre sur le prix montre comment le cadrer.

Pas de fausse urgence. Un compte à rebours qui se relance ou un faux « plus que 2 en stock » sont des pratiques commerciales trompeuses, sanctionnables en France. Une vraie raison d’agir maintenant (réassort, date de livraison) suffit.

02

Accueillir avant de répondre

Écouter, reformuler, questionner : l’objection est une demande d’information

Le réflexe face à une objection est de la contrer : argumenter, ou céder tout de suite. Les deux ferment la conversation. La première objection est rarement la vraie : c’est la plus facile à dire. Reformuler montre que tu as entendu et fait baisser la défense ; une question ouverte fait apparaître ce qui bloque vraiment. L’acheteuse d’un grand magasin rencontre Kumo pour un premier référencement. Elle lâche : « Vos baskets sont trop chères. » Mène la conversation, cinq répliques au plus.

Un vendeur écoute, la main à l’oreille, et renvoie la même bulle que celle de la cliente.
Rendez-vous de référencement. L’acheteuse a une vraie inquiétude qu’elle ne dit pas encore. Choisis ta réplique à chaque tour.
Confiance–
Vraie objection–
Marge cédée–
cède sur le prix et regarde ce qui se passedécouvre la vraie objection et conclus sans céder de marge
Confiance de l’acheteuse à chaque réplique
Cas réel · 2003

Répéter la commande mot pour mot fait monter les pourboires

Des chercheurs néerlandais menés par Rick van Baaren ont demandé à une serveuse de restaurant de répéter exactement la commande de certains clients, et de simplement acquiescer pour les autres. Les clients dont la commande avait été reprise mot pour mot ont laissé des pourboires nettement plus élevés. Reprendre les mots de l’autre crée un sentiment d’être compris, avant même toute réponse. L’ancien négociateur du FBI Chris Voss a fait de ce « miroir » une de ses techniques de base dans Never Split the Difference (2016).

À retenir : reformuler n’est pas une politesse. C’est ce qui donne à l’autre l’envie de t’en dire plus.

Sources : R. B. van Baaren, R. W. Holland, B. Steenaert et A. van Knippenberg, « Mimicry for money », Journal of Experimental Social Psychology, 2003 ; Chris Voss et Tahl Raz, Never Split the Difference, Harper Business, 2016.

Une formule simple. « Si je comprends bien, ce qui vous gêne, c’est… C’est bien ça ? » puis « Qu’est-ce qui vous ferait dire que c’est le bon prix ? »

Céder vite coûte deux fois. Tu perds de la marge, et tu signales qu’il y en avait encore à prendre : l’acheteur redemande. La préparation d’une négociation est détaillée dans le chapitre Négocier.

03

Inverser le risque

Garantie, essai, satisfait ou remboursé : prendre le risque à ta charge

Tout achat fait courir un risque à l’acheteur : perdre son argent, son temps ou la face. Comme on redoute davantage une perte qu’on n’apprécie un gain équivalent (voir l’aversion à la perte), ce risque pèse lourd. L’inversion du risque consiste à le porter à sa place : retour gratuit, essai, remboursement. En France, la vente en ligne impose déjà 14 jours de rétractation et la garantie légale de conformité couvre deux ans les produits neufs. Kumo peut aller plus loin. Jusqu’où est-ce rentable ?

Une cliente essaie une basket, protégée par un bouclier marqué d’une flèche de retour.
La politique de retour de Kumo. Une paire vendue 110 € rapporte 48 € de marge. Chaque retour coûte la logistique, et la paire revient en stock.
14 j
Conversion–
Taux de retour–
Marge nette–
offre davantage que le minimum légal de 14 jourstrouve la politique qui maximise la marge nette
Marge nette pour 1 000 visites selon le délai de retour
Cas réel · depuis les années 2000

Zappos laisse un an pour renvoyer ses chaussures

Acheter des chaussures sans les essayer semblait absurde à la fin des années 1990. Zappos, le site américain racheté par Amazon en 2009, a levé cette barrière en prenant le risque à sa charge : livraison et retour gratuits, et jusqu’à 365 jours pour renvoyer une paire. Son patron Tony Hsieh expliquait que les clients qui renvoient le plus sont aussi souvent ceux qui dépensent le plus. Le retour devient un argument de vente, et un coût que l’entreprise finance par la fidélité.

À retenir : une garantie généreuse ne se juge pas sur le coût des retours, mais sur les ventes qu’elle débloque et les clients qu’elle garde.

Sources : politique de retour publiée par Zappos ; Tony Hsieh, Delivering Happiness, Business Plus, 2010 ; Code de la consommation, articles L221-18 (rétractation) et L217-3 et suivants (garantie légale de conformité).

Garantie légale, garantie commerciale. La garantie légale de conformité (deux ans pour un produit neuf) est due de toute façon : la présenter comme un cadeau est trompeur. Ce que tu ajoutes au-delà est une garantie commerciale, à écrire noir sur blanc.

En B2B aussi. Une séance pilote, un premier module gratuit, une clause de sortie après trois mois ou un paiement au résultat sont des inversions du risque.

04

Avouer un défaut

Un vendeur qui reconnaît une limite devient crédible sur le reste

Une offre sans aucun défaut n’est pas crue : l’acheteur sait qu’il y en a un et se demande lequel on lui cache. En 1966, le psychologue Elliot Aronson montre qu’une personne jugée compétente devient plus sympathique quand elle commet une petite maladresse : c’est l’effet « pratfall ». En vente, l’aveu efficace porte sur une limite mineure, liée à un choix assumé, qui renforce le reste du message. Rédige la fiche produit de la nouvelle basket Kumo.

Un vendeur montre honnêtement la seule rayure d’une petite voiture ancienne à des clients confiants.
La fiche produit du modèle Kumo Daily. Choisis le défaut que tu avoues et le niveau de superlatifs du texte.
Le défaut avoué
3
Crédibilité–
Intention d’achat–
Retours taille–
avoue un défaut grave et regarde l’intention d’achatdépasse 75 de crédibilité et 60 % d’intention d’achat
Crédibilité et intention d’achat selon l’aveu
Cas réel · 1960, 1962, 2009

« Lemon », « We try harder » et la pizza « carton »

En 1960, l’agence DDB publie pour Volkswagen une photo de Coccinelle titrée « Lemon » (le tacot) : un contrôleur l’a refusée pour une rayure sur une baguette chromée. L’aveu prouve la rigueur des contrôles. En 1962, la même agence fait dire à Avis, loueur de voitures numéro 2 derrière Hertz : « Nous ne sommes que numéro 2, alors nous faisons plus d’efforts. » Fin 2009, Domino’s diffuse des critiques de clients (« la pâte a un goût de carton ») et annonce une nouvelle recette. Les ventes repartent en 2010.

À retenir : le bon aveu transforme une faiblesse en preuve d’une force : rigueur, effort, écoute.

Sources : E. Aronson, B. Willerman et J. Floyd, « The effect of a pratfall on increasing interpersonal attractiveness », Psychonomic Science, 1966 ; campagnes DDB pour Volkswagen (1960) et Avis (1962) ; campagne « Pizza Turnaround » de Domino’s, décembre 2009.

L’effet a des limites. Chez Aronson, la maladresse rend plus sympathique la personne déjà perçue comme compétente, et dessert celle qui paraît médiocre. Avoue une limite quand ta compétence est établie, pas pour la remplacer.

Dis-le avant qu’on te le reproche. Un défaut annoncé est une information ; découvert après l’achat, c’est une trahison et un retour. Pour l’asymétrie d’information, voir le chapitre sur les signaux.

05

Les trois monnaies de l’échange

Argent, temps, flexibilité : quand le prix bloque, échange autre chose

Quand un client ne peut pas payer plus, la remise sèche est la pire option : elle prend directement sur ta marge. Mais l’échange ne se fait pas qu’en argent. Le temps (délai de livraison, durée d’engagement) et la flexibilité (paiement échelonné, personnalisation, conditions) ont une valeur différente pour chacun. Ce qui te coûte peu et vaut beaucoup pour l’autre est ta vraie monnaie. Une chaîne d’hôtels veut équiper 400 salariés en baskets Kumo. Son budget est bloqué à 30 000 € ; ton prix catalogue est de 36 000 €.

Pièces, sablier et ressort posés sur un comptoir entre deux figurines.
400 paires, un budget fixe. Coût de revient : 22 000 €. Ajuste le prix et les autres monnaies. L’accord se fait si le paquet vaut au moins son prix pour l’hôtel.
36 k€
Délai de livraison (temps)
Engagement (temps)
Flexibilité
Accord–
Ta marge–
Valeur pour l’hôtel–
conclus par une remise sèche à 30 k€conclus avec au moins 30 % de marge en plus que la remise sèche
Tes essais : valeur pour l’hôtel et marge pour Kumo
Cas réel · depuis 1962

Rolls-Royce vend des heures de vol, pas des réparations

Pour une compagnie aérienne, l’entretien d’un moteur d’avion est une dépense énorme et imprévisible. Au début des années 1960, le motoriste Bristol Siddeley, plus tard intégré à Rolls-Royce, propose de facturer un montant fixe par heure de vol, entretien et pièces compris : c’est « Power by the Hour », dont Rolls-Royce a fait le cœur de ses contrats TotalCare. Le prix total n’est pas forcément plus bas. Ce qui change, c’est la monnaie : la compagnie paie à l’usage et transfère le risque de panne au fabricant, qui gagne en échange des contrats longs.

À retenir : quand le client bute sur le montant, change la forme du paiement ou la durée avant de changer le prix.

Source : Rolls-Royce, présentation des services « Power by the Hour » et TotalCare (rolls-royce.com).

Ne cède jamais sans contrepartie. « Je peux aller à 30 k€ si vous vous engagez sur trois ans » vaut mieux que « d’accord pour 30 k€ ». Chaque concession s’échange.

Avec une collectivité ou une fondation, les monnaies sont souvent le calendrier budgétaire, la visibilité donnée au financeur, le nombre de bénéficiaires et la qualité du rapport d’impact.

06

Ta matrice d’objections

Atelier La fiche de réponses à garder sous la main

À toi. Décris ton offre, puis liste de 4 à 8 objections que tu entends vraiment, dans les mots du client. Pour chacune, classe-la dans l’une des cinq barrières, note sa fréquence et sa gravité, puis écris ta réponse, la preuve qui l’appuie et, si possible, une façon de prendre le risque à ta charge. L’outil place tes objections sur une matrice, mesure ta couverture et te dit où travailler en premier. Tout est sauvegardé dans ton navigateur.

Partir d’un exemple
Les objections entendues
Objections–
Couverture–
À traiter d’abord–
décris ton offre et au moins quatre objections classéesdonne une réponse et une preuve à au moins trois objections
Fréquence et gravité de tes objections

Ta fiche de réponses

Remplis l’outil ou charge un exemple pour voir ta matrice.

Diagnostiquer

Cinq barrières, cinq réponses différentes. Le prix n’est pas toujours le vrai sujet.

Accueillir

Reformuler, questionner, puis répondre à la vraie objection.

Rassurer

Prendre le risque à ta charge, et avouer la limite qui prouve ta force.

Échanger

Temps et flexibilité avant la remise. Jamais de concession sans contrepartie.

Pour aller plus loin