Fashion Geek MBA
Fashion GeekMBA · Module 9 · Vendre, négocier, influencer · 6 étapes

Vendre sans pousser

Le vendeur qui récite son argumentaire et force la signature appartient au passé. L’acheteur d’aujourd’hui s’informe seul, décide à plusieurs et fuit dès qu’il sent la pression. Ce qui fait signer, c’est la confiance, les bonnes questions et une idée qui lui fait voir son problème autrement. Tu t’entraînes avec Kumo, une marque française de baskets qui vend des paires personnalisées aux entreprises, puis tu prépares ton propre rendez-vous de vente.

Le temps d’un acheteur B2B, découpé en 100 cases
1Fournisseurs en lice
17 %Avec tous
17 %Avec toi

Selon Gartner, l’acheteur ne passe que 17 % de son parcours d’achat avec les fournisseurs, tous confondus. Plus il y a de concurrents en lice, moins il en reste pour toi.

Commencer45 min · niveau école de commerce
où passe le temps de l’acheteur
01

L’équation de la confiance

Ce que tu sais, ce que tu tiens, ce qu’on peut te confier, divisé par ton intérêt

En 2000, David Maister, Charles Green et Robert Galford proposent une formule simple : confiance = (crédibilité + fiabilité + intimité) / orientation vers soi. La crédibilité, c’est ce que tu sais. La fiabilité, c’est ce que tu as tenu. L’intimité, c’est ce que le client ose te dire. Au dénominateur, l’orientation vers soi : à quel point tu penses à ta commission plutôt qu’à son problème. Le dénominateur pèse plus lourd que tout le reste. La commerciale de Kumo rencontre la DRH d’une entreprise de 800 salariés. Règle son profil.

Premier rendez-vous avec la DRH. Elle cherche un cadeau d’accueil pour ses nouveaux salariés. Chaque curseur va de 1 à 10.
6
5
4
5
Confiance–
Elle te dit–
Rappel accordé–
sois une experte à 9 en crédibilité, mais centrée sur toi (8 ou plus)atteins une confiance de 6 ou plus
Le numérateur, le dénominateur et le résultat
Cas réel · 2016

Wells Fargo et les comptes que personne n’avait demandés

Pendant des années, la banque américaine Wells Fargo fixe à ses conseillers des objectifs de vente croisée très élevés. Pour les tenir, des employés ouvrent des comptes et des cartes au nom de clients qui ne les ont jamais demandés. En septembre 2016, les régulateurs et la ville de Los Angeles infligent 185 millions de dollars d’amendes. La banque reconnaît avoir licencié environ 5 300 employés pour ces pratiques, et son PDG démissionne le mois suivant.

À retenir : quand l’objectif du vendeur passe avant le besoin du client, la confiance s’effondre, et avec elle la marque entière.

Sources : Consumer Financial Protection Bureau, communiqué du 8 septembre 2016 ; couverture du New York Times et du Wall Street Journal, septembre-octobre 2016.

Baisser le dénominateur. Parler de son problème avant de parler de ton produit, dire quand ton offre ne lui convient pas, recommander un concurrent si c’est mieux pour lui.

La fiabilité se construit en petit. Envoyer le compte rendu promis le lendemain, à l’heure dite, compte plus que le discours sur la qualité.

02

Les questions SPIN

Situation, Problème, Implication, Need-payoff (bénéfice)

Dans les années 1970, Neil Rackham et son équipe observent 35 000 entretiens de vente. Constat : dans les grosses ventes, les techniques de « closing » font plus de mal que de bien. Les meilleurs vendeurs parlent peu et posent quatre types de questions dans un ordre précis. Les questions de situation recueillent des faits (à limiter : elles ennuient). Les questions de problème font apparaître une gêne. Les questions d’implication en mesurent les conséquences. Les questions de bénéfice font dire au client lui-même ce que la solution lui apporterait. Mène le rendez-vous de Kumo avec la DRH : 30 minutes, une question à la fois.

La DRH t’accorde 30 minutes. Choisis ta prochaine question. Sa réponse s’affiche ici.
Situation
Problème
Implication
Bénéfice
Besoin explicite–
Patience–
Temps (sur 30)–
enchaîne trois questions de situation et regarde la patience fondrefais émerger un besoin explicite de 80 ou plus
Le déroulé du rendez-vous : besoin perçu et patience
Cas réel · 1988

Le « closing » qui fait perdre les grosses ventes

Neil Rackham dirige pendant douze ans des recherches au sein du cabinet Huthwaite, financées notamment par de grands groupes comme Xerox et IBM. Son équipe accompagne des vendeurs sur le terrain et code leurs entretiens. Résultat publié dans SPIN Selling : les techniques classiques de conclusion aident dans les petites ventes, mais réduisent les chances de succès quand l’achat est important, parce qu’elles mettent l’acheteur sous pression au moment où il réfléchit le plus. Les meilleurs vendeurs posent davantage de questions d’implication et de bénéfice.

À retenir : plus l’achat est gros, plus c’est le client qui doit formuler son besoin. Le vendeur l’y aide par ses questions.

Source : Neil Rackham, SPIN Selling, McGraw-Hill, 1988.

Prépare tes questions de situation avant. Effectifs, organisation, outils : tout ce qu’on trouve en ligne ou sur LinkedIn n’a pas à coûter du temps au client. La prospection sert aussi à ça.

Laisse le client dire le bénéfice. « Ça nous éviterait de perdre des recrues », dit par la DRH, vaut dix fois la même phrase dite par toi.

03

Pousser fait fuir

La réactance, et la phrase qui rend sa liberté au client

En 1966, le psychologue Jack Brehm décrit la réactance : quand quelqu’un sent sa liberté de choix menacée, il cherche à la reprendre, souvent en faisant l’inverse de ce qu’on lui demande. Relances en rafale, « offre valable jusqu’à ce soir », « il faut décider maintenant » : au-delà d’un certain seuil, chaque pression supplémentaire fait baisser les ventes. À l’inverse, rappeler explicitement au client qu’il est libre de refuser augmente les acceptations. Règle la relance de Kumo après le rendez-vous.

200 prospects ont reçu un devis. Tu règles la pression des relances : nombre de messages, urgence, ton.
2

Signatures–
Agacés–
Bouche-à-oreille–
pousse la pression à 8 ou plustrouve un réglage qui fait signer 22 % des prospects ou plus
Part des prospects qui signent selon la pression
Cas réel · 2000

« Mais vous êtes libre de refuser »

Dans un centre commercial, les chercheurs français Nicolas Guéguen et Alexandre Pascual font demander à des passants un peu de monnaie pour prendre le bus. Quand la demande se termine par « mais vous êtes libre d’accepter ou de refuser », bien plus de passants donnent, et ils donnent davantage. En 2013, Christopher Carpenter rassemble 42 études sur cette technique, menées auprès de plus de 22 000 personnes : l’effet tient, à condition que la formule soit dite en face à face et au moment de la demande.

À retenir : rendre la liberté au client lui retire une raison de résister. Ce n’est pas une ruse si tu le penses vraiment.

Sources : Jack W. Brehm, A Theory of Psychological Reactance, Academic Press, 1966 ; N. Guéguen et A. Pascual, Current Research in Social Psychology, 2000 ; C. J. Carpenter, Communication Studies, 2013.

La fausse urgence est interdite. Un compte à rebours ou un stock limité qui ne correspondent à rien sont des pratiques commerciales trompeuses (Code de la consommation) ; le chapitre Influencer détaille la frontière.

Une relance utile apporte quelque chose. Un exemple client, une réponse à une question restée ouverte, un chiffre. « Je me permets de revenir vers vous » n’apporte rien.

04

Apprendre quelque chose au client

Apporter une idée, l’adapter au décideur, proposer la suite

En 2011, Matthew Dixon et Brent Adamson publient The Challenger Sale, tiré d’une enquête du cabinet CEB sur plusieurs milliers de commerciaux. Ils distinguent cinq profils : le travailleur acharné, le bâtisseur de relations, le loup solitaire, le résolveur réactif et le « challenger ». Ce dernier est surreprésenté parmi les meilleurs vendeurs, surtout dans les ventes complexes ; le bâtisseur de relations, le plus sympathique, est le plus rare. Le challenger fait trois choses : il apprend au client quelque chose sur son propre métier, il adapte son message à chaque décideur, et il garde la main sur la suite. Choisis trois gestes pour ton rendez-vous Kumo.

Deuxième rendez-vous, avec la DRH et le directeur financier. Tu as le temps pour trois gestes. Choisis-les (trois au plus).
Chances d’avancer–
Marge cédée–
Profil–
joue le bâtisseur de relations : besoins et remiseatteins 75 % de chances d’avancer sans céder de marge
Les trois leviers du challenger et la probabilité d’avancer
Cas réel · 1999-2000

Salesforce vend la fin du logiciel

À sa création, Salesforce ne vend pas d’abord un produit : elle vend une idée qui dérange les directions informatiques, celle que le logiciel installé dans l’entreprise est dépassé et qu’on peut louer un service en ligne. Son logo « No Software », barré comme un panneau d’interdiction, résume la thèse. Marc Benioff va jusqu’à organiser une fausse manifestation devant une conférence de Siebel, le leader du marché. L’entreprise apprend aux clients à regarder autrement leur coût et leurs délais, avant de leur parler de ses fonctions.

À retenir : le client achète d’abord une nouvelle façon de voir son problème. Ton offre vient ensuite, comme la conséquence logique.

Sources : Marc Benioff et Carlye Adler, Behind the Cloud, Jossey-Bass, 2009 ; Matthew Dixon et Brent Adamson, The Challenger Sale, Portfolio, 2011.

Une recherche de cabinet, pas une loi. L’étude de CEB n’a pas été publiée dans une revue scientifique. Retiens le mécanisme (apprendre, adapter, garder la main) plus que les pourcentages.

La remise n’est pas un argument. Elle répond à une question que personne n’a posée et dit que ton prix était faux. Le chapitre Prix montre ce qu’elle coûte en marge.

05

Ils décident à plusieurs

La carte des décideurs, et aider ta sponsor à convaincre sans toi

Selon Gartner, un achat B2B complexe implique en général six à dix décideurs, et l’acheteur ne passe que 17 % de son temps avec les fournisseurs : le reste se joue en recherche seule et en réunions internes, où tu n’es pas. Vendre, c’est donc aussi équiper la personne qui te soutient pour qu’elle convainque les autres. Six personnes pèsent sur la commande de Kumo. Tu as le temps d’en rencontrer trois. Qui choisis-tu ?

Le comité de la commande. Une rencontre fait progresser la position d’une personne d’un cran. Tu peux en organiser trois.
Rencontrer (trois au plus)
Chances de signer–
Rencontres–
Opposants forts–
équipe ta sponsor d’un dossier de partageatteins 70 % de chances de signer
La carte des décideurs : position et influence
Cas réel · 2019

Gartner mesure où passe le temps de l’acheteur

En interrogeant des centaines d’acheteurs B2B, Gartner découpe leur parcours : environ 27 % du temps en recherche en ligne seule, 18 % en recherche hors ligne, 22 % en réunions avec les autres décideurs, 17 % avec les fournisseurs potentiels, le reste ailleurs. Quand trois fournisseurs sont en concurrence, chacun n’a donc que 5 à 6 % du temps de l’acheteur. Gartner en tire une recommandation : aider l’acheteur à acheter, en lui donnant les outils pour décider et convaincre en interne, plutôt que de multiplier les arguments.

À retenir : l’essentiel de la décision se prend quand tu n’es pas là. Ce que tu laisses entre les mains de ta sponsor compte autant que ton rendez-vous.

Source : Gartner, « The B2B Buying Journey », 2019.

Un seul interlocuteur, c’est un risque. S’il change de poste ou perd l’arbitrage budgétaire, ta vente disparaît. Cherche au moins deux soutiens.

Le dossier de partage tient sur une page. Le problème, ce qu’il coûte, ce que propose Kumo, le prix, les risques et leurs réponses. La DRH doit pouvoir le transférer tel quel au directeur financier. Les campagnes ciblées par compte sont dans la prospection.

06

Prépare ton rendez-vous de vente

Atelier La fiche à remplir avant chaque rendez-vous qui compte

À toi. Nomme le client et l’enjeu, cartographie les décideurs, écris tes questions en les classant S, P, I ou N, formule l’idée que tu vas lui apprendre, évalue ta confiance honnêtement et fixe la prochaine étape que tu vas demander. L’outil calcule un score de préparation, dessine l’équilibre de tes questions et la carte des décideurs, puis signale ce qui manque. Tout est sauvegardé dans ton navigateur.

Partir d’un exemple
Les décideurs (position de −2 opposé à +2 favorable, influence de 1 à 3)
Tes questions
Ton équation de confiance, honnêtement (1 à 10)
Préparation–
Confiance–
Décideurs couverts–
nomme le client et l’enjeu, avec au moins une question de chaque typecartographie trois décideurs et fixe une prochaine étape
Tes questions par type et ta carte des décideurs

Ta synthèse

Remplis la fiche ou charge un exemple pour voir ton score de préparation.

La confiance

Crédible, fiable, à qui on peut parler, et peu centré sur soi.

Les questions

Peu de situation, puis problème, implication et bénéfice dit par le client.

La liberté

La pression fait fuir. Rappeler qu’il peut refuser aide à dire oui.

L’idée et les décideurs

Apprendre quelque chose au client, et équiper ta sponsor pour convaincre les autres.

Pour aller plus loin